
La tension monte dans le microcosme spirituel de Kinshasa. Dans une sortie médiatique musclée, l’évêque Pascal Mukuna, visionnaire de l’église ACK/Bandal (Assemblée chrétienne de Kinshasa), n’a pas mâché ses mots à l’endroit de l’apôtre Roland Dalo, leader de l’église Philadelphie, qu’il accuse ouvertement de manipuler le président de la République Félix Tshisekedi.
Invité d’une émission politique diffusée lundi soir, Pascal Mukuna a dénoncé ce qu’il qualifie de “prise en otage” du chef de l’État par le clan Philadelphie. À l’en croire, plusieurs nominations récentes au sein des institutions seraient largement dominées par des membres de l’église de l’apôtre Dalo, à commencer par Medi Vedoso, pasteur à Philadelphie et beau-fils de Roland Dalo, nommé chargé des missions du président pour les questions stratégiques.
“Nous assistons à une confiscation spirituelle du chef de l’État ! Les pasteurs doivent rester à leur place. L’église ne peut pas devenir une cour royale !”, a-t-il fustigé.
Dans la foulée, Pascal Mukuna a exprimé son amertume face à ce qu’il considère comme une négligence présidentielle envers son propre ministère. Il se dit surpris de voir que le président n’ait jamais mis les pieds à l’ACK/Bandal, qu’il qualifie pourtant de « véritable arche de Noé pour Kinshasa».
“Je lance une invitation claire au président Tshisekedi : qu’il vienne à l’ACK. Ne serait-ce que cinq minutes. Il est temps qu’il sorte de l’emprise de Philadelphie et rende visite aussi à d’autres églises qui ont toujours prié pour lui sans jamais demander de nominations”, a martelé Mukuna.
Cette sortie fracassante vient jeter une lumière crue sur les rivalités croissantes entre les figures religieuses influentes du pays. Si Mukuna se veut défenseur de l’équilibre et de l’éthique dans les rapports entre Église et pouvoir, d’autres voix s’élèvent pour dénoncer une tentative de repositionnement politique derrière une façade spirituelle.
Dans une posture plus mesurée, le pasteur Roger Baka, lui aussi homme de Dieu, a conseillé publiquement l’apôtre Roland Dalo, qu’il appelle désormais “le prophète de la cour royale”, de faire preuve de retenue.
“La mission que Dieu vous a confiée auprès du président n’est pas de transformer votre église en parti politique. Nous devons rester serviteurs, non conseillers occultes du pouvoir”, a-t-il souligné.
Alors que la polémique enfle, la présidence de la République n’a jusque-là fait aucune déclaration officielle sur ces tensions spirituelles à fortes implications politiques.
Jacques-Kitungwa.



