RDC/Dossier Compte X du ministère de la jeunesse : Réseaux Sociaux Publics, La gestion privée : L’État Congolais en panne digitale

Joseph Malaba
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Le remaniement du gouvernement Suminwa II a laissé derrière lui une série de dysfonctionnements préoccupants, notamment dans la gestion des outils numériques officiels. Au-delà des controverses liées aux biens matériels emportés par certains cabinets sortants, un problème plus structurel se pose: la disparition ou la désactivation des sites internet et des pages officielles des ministères, pourtant essentiels à la continuité de l’action publique.

Le cas du ministère de la Jeunesse est emblématique: son compte X (Twitter), suivi par plus de 130.000 abonnés, est introuvable. Désormais vice-ministre aux Affaires étrangères, le cabinet de la ministre sortante n’a fourni aucune explication à son successeur. Aucun transfert de gestion n’a été effectué, aucune archive n’a été conservée, et aucune nouvelle page n’a été annoncée.

Plus grave encore, l’ancien ministère des Postes, Télécommunications et du Numérique, censé incarner la transformation digitale du pays, a disparu avec la page Facebook officielle, de 64 000 abonnés, créée depuis 2019. À ce jour, aucune adresse physique du nouveau ministère de l’Économie numérique n’a été communiquée pour permettre aux nouveaux occupants des infrastructures numériques de la République d’entrer en possession de ces outils officiels.

Que dit la réglementation en RDC?

La RDC s’est dotée en 2023 d’un Code du Numérique, qui prévoit la création d’autorités indépendantes pour encadrer la régulation, la certification électronique et la protection des données. L’ ARPTIC (Autorité de Régulation des Postes, Télécommunications et TIC) a été investie comme organe unique de régulation, en attendant la mise en place des structures prévues par la loi.

Cependant, aucun décret ni arrêté spécifique ne semble encadrer la gestion des portails numériques gouvernementaux, ni la transmission des accès et contenus lors des remises et reprises ministérielles. Ce vide juridique, causé volontairement ou par ignorance, favorise l’appropriation personnelle de pages publiques, la perte de données et l’effacement de la mémoire institutionnelle.

À l’étranger, plusieurs États ont mis en place des systèmes de design et de gestion centralisée des sites officiels. En France, par exemple, le Système de Design de l’État (DSFR) permet aux administrations de créer des sites conformes, accessibles et sécurisés via une plateforme dédiée. Chaque site est rattaché à un domaine officiel (.gouv.fr), et sa gestion est encadrée par la Direction Interministérielle du Numérique (DINUM).

Aux États-Unis, le Digital Services Playbook impose des standards de continuité, d’archivage et de transparence pour tous les sites gouvernementaux. Les comptes sociaux sont institutionnels, non personnels, et leur gestion est assurée par des équipes techniques indépendantes du cabinet politique.

La disparition des pages officielles en RDC révèle une fragilité institutionnelle dans la gouvernance numérique. Elle traduit une confusion entre communication politique et communication institutionnelle, où les outils de l’État sont gérés comme des biens privés.

Qui pilote la communication digitale gouvernementale de la RDC?

C’est là une compétence minimale attendue d’un ministre débutant, ayant les Postes, Télécommunications et Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication dans ses attributions.

Rédaction

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